Chapitre 4
L'arrivée sur le vieux continent

Jacques Cartier.A présent, les fils de Donnacona, Domagaya et Taignaogny, sont sur le pont supérieur du bateau. Enfin, Jacques Cartier donne l'ordre de prendre la route du sud de Terre-Neuve, démontrant officiellement que Terre-Neuve est bien une île. Le voyage est long et pénible, il du re un mois et demi dans des conditions de vie inconfortables et parfois funestes. À bord, l'espace est fort restreint. Pour dormir, on dispose de deux, parfois de trois rangées de couchettes mesurant chacune six pieds sur six. On y loge jusqu'à six personnes. Le plafond est haut de six pieds au maximum. La ventilation n'est possible que par trois écoutilles. Durant les tempêtes, elles sont toujours fermées. La réserve alimentaire est constituée de porc, de pain ou de gruau. La ration est d'une livre par adulte, un tiers de livre pour les mousses. Et il y a les pommes de terre, qui sont le bien propre du passager. On n'oublie pas son vinaigre pour améliorer l'eau potable. La promiscuité engendre des tensions. L'ennui s'en mêle... mais après maintes péripéties, ils aperçoivent enfin les côtes de Bretagne. Et bientôt, le port de Saint Malo est à portée de vue.

« Nous sommes enfin sur ces terres étrangères tant attendues…. ! ». s'écrie Domagaya.

Une foule de curieux se forme rapidement sur les quais pour accueillir le bateau et ses mystérieux occupants. Les deux frères descendent du bateau, le sourire aux lèvres, suivis de tout l'équipage. Les rues ont été recouvertes de tapisseries et de guirlandes de fleurs en leur honneur. Le prévôt de la ville, suivis de tous les notables malouins, les conduisit en grande pompe vers des appartements somptueux, situés dans le centre de la ville de Saint Malo, réservés aux invités de marque. Il leur annonce d'une voix forte :

« Vous, amis, dont les terres sont lointaines, prenez donc place autour de la table pour vous sustenter. Vous pourrez ensuite vous reposer avant de prendre demain la route de Fontainebleau où vous attend notre bon roi François 1er. »

Les deux Amérindiens étaient fascinés par tant de luxe et de nourriture. Les tables regorgeaient de mets délicieux et de vins issus de la province d'Aquitaine. Pendant le repas, on servit des tourtes, des massepains, des fouasces, des asperges, des perdrix roties et des têtes de veaux. A l'arrivée de chaque plat, des trompettes sonnaient pour annoncer la suite du festin. Domagaya et Taignoagny goûtaient à tout, félicitaient leur hôte pour l'organisation de ce fabuleux dîner. Ils étaient sollicités de toutes parts et répondaient à quantité de questions qui fusaient. Cartier se tenait à l'écart, à la fois amusé et agacé de l'engouement provoqué par la présence des deux amérindiens qui lui volaient quelque peu la vedette. Il donna bientôt le signal du départ et petit à petit chacun rejoignit sa chambre. Les deux fils de Donnacona furent conduits vers leur appartement : une vaste chambre dont les murs étaient tendus de tapisseries représentant des scènes de chasse, meublée de quelques coffres de bois précieux et de deux lits disposés côte à côte. Deux chaises complétaient ce sobre mais riche mobilier. Domagaya s'approcha respectueusement du lit, apprécia le moelleux du matelas du plat de la main. Il déposa ses vêtements sur le dossier de la chaise et s'allongea sur sa couche. Bientôt, il s'endormit d'un profond sommeil réparateur. Taignoagny le regardait, pensif. Tout cela allait trop vite pour lui, il ne comprenait pas qu'on lui porte autant d'attention. Qu'attendait donc de lui ce roi de France dont on lui parlait tant ? Le sommeil le gagna et il s'endormit, mais sa nuit fut agitée de rêves et de cauchemars et c'est fourbu qu'il s'éveilla au petit matin.

C'était l'effervescence dans la cour : on attelait les chevaux à de lourds chariots couverts de toile claire. Les valets s'affairaient en tous sens. Le départ semblait imminent et tout le monde se pressait autour des voitures pour y prendre place. Les deux frères, après une toilette sommaire, descendirent remercier et saluer leur hôte avant de s'installer dans la voiture de tête, aux côtés de Jacques Cartier. Le signal du départ fut bientôt donné et le lourd convoi s'ébranla da ns un joyeux brouhaha en direction de l'est, vers le château de Fontainebleau où résidait François 1 er .

Domagaya et Taignoagny s'émerveillèrent des territoires traversés : la Bretagne tout d'abord qui est une région vallonnée, boisée, variée dans le détail. On y trouve à la fois des ajoncs, des ronces, des pins, de vastes espaces plantés de bruyère. C'est à Alençon que l'équipage s'arrêta pour déjeuner avant de reprendre sa route. Lentement, au rythme lent du pas des chevaux, on traversa d'immenses terres agricoles. Partout on pouvait apercevoir les paysans dans les champs, occupés à leurs tâches quotidiennes et que le passage de cet exceptionnel convoi avait peine à distraire. Il fallut trois jours de voyage pour gagner Paris et une journée supplémentaire avant d'atteindre Fontainebleau, résidence royale à 6O kilomètres à l'est de la capitale. Domagaya et Taignoagny trouvèrent le v illage charmant : il était formé autour d'une fontaine au cœur de la forêt réputée pour l'abondance de gibiers.

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